La greffe d’utérus

Tous les ans depuis 2001, Muriel Flis Trèves et René Frydman organisent un colloque qui mêlent les sujets Gynéco et Psycho autour d’un thème, d’où le nom bien trouvé du colloque GyPsy.

L’an dernier j’avais assisté à ce colloque sous le thème de l’intimité (à l’ère des réseaux sociaux c’est un vrai sujet).

Cette année c’est le thème de la confiance, défiance et trahison qui a été le fil rouge de ces 2 jours.

Sujet tout aussi passionnant, à notre époque riche de théories du complot, de perte de confiance vis-à-vis de certaines institutions en général, le corps médical n’y échappe pas, de l’émergence de différentes médecines.

J’ai pu assister à des exposés passionnants comme celui de Brice Gayet sur l’évolution de l’image du chirurgien, transgresseur ou dieu vivant, sur la crise de confiance parfois mortifère, celui de Pierre Corvol, médecin et chercheur, ancien administrateur du collège de France, sur « qui trahit la science et pourquoi ? » abordant ainsi notamment les lobbys anti-vaccins, ou encore celui d’Antoine Tesnières qui met en place des jeux de rôles en médecine, en particulier sur la communication notamment sur l’annonce difficile de diagnostics à des patients.

René Frydman a ensuite fait un exposé sur la greffe d’utérus, une première en France a eu lieu avec lui et l’équipe du Pr Ayoubi à l’hôpital Foch.

Une mère a donné son utérus à sa fille qui n’en avait pas, pour porter la vie. Prochainement un embryon y sera implanté (1 an après la greffe), et cet utérus sera retiré à la naissance de l’enfant tant attendu.

Il était très intéressant d’avoir son éclairage d’abord sur l’utérus : ce muscle, temple de la gestation, conserve sa fonction indépendamment de l’horloge biologique.

Il est autonome, par exemple il contracte même sous anesthésie générale et il ne réagit pas toujours aux injections médicamenteuses.

De plus il y a un vrai mystère autour du dialogue utérus/embryon, d’autant que sa tolérance immunologique est totale : il accueille sans rejet un corps étranger, rendant ainsi possible les transferts d’embryons conçus avec un don d’ovocytes.

Le Pr Frydman a parlé des cas de femmes présentant une absence d’utérus, et un désir d’enfant. Les solutions pour elles sont l’acceptation de l’infertilité, l’adoption, la GPA là où elle se pratique, et donc la transplantation utérine. C’est une intervention compliquée pour la donneuse et la receveuse, qui vient défier le principe « primum non noncere », comme dans tout don vivant.

Ici les risques chirurgicaux pour la donneuse sont : lacération urétérale, fistule urétéro-vaginale, hypotonie de la vessie.

Les risques pour la receveuse sont : thrombose vasculaire, hémostase rétropéritonéale, infection, fistule vésico-vaginale, et bien sûr le rejet.

Il y a eu jusque-là dans le monde 70 greffes d’utérus réalisées, et 18 bébés sont nés.

Concernant le don d’organe, en France, quel que soit l’organe, 90% des greffes sont effectuées grâce à des donneurs décédés, s’ils ont donné leur accord oralement et que la famille le confirme au moment de la mort cérébrale.

On ne peut donner ses organes qu’en cas de mort accidentelle (1% des décès).

En France il y a 30% de refus (c’est 15% en Espagne), et 40% en région parisienne.

Le changement de loi (passant du registre des donneurs au registre du refus avec demande à la famille), n’a pas changé le nombre de donneurs.

La réussite d’une greffe en don vivant est en moyenne de 76,5% vs 61% en donneur décédé.

Il y a en France chaque année environ 6.000 greffes d’organes et il y a actuellement 22.000 personnes sur liste d’attente de greffe.

Le processus pour un don vivant (possible essentiellement pour le rein, et un lobe de foie, et donc l’utérus) est d’abord un bilan médical pour s’assurer de la bonne santé du donneur. Ensuite le protocole prévoit le passage devant un comité d’experts de l’agence de Biomédecine et un rendez-vous au tribunal de grande instance. Le donneur doit avoir un lien de parenté (parents, collatéraux simple) ou d’affection avec le receveur (personne pouvant apporter la preuve d’un lien affectif stable depuis plus de 2 ans).

Ce protocole est fait dans le but d’éviter toute contrepartie.

Cela dit, psychologiquement il peut y avoir un système de don / contre-don (comme la cérémonie du potlatch, partage symbolique dans le monde amérindien).

Le Pr Frydman a ouvert le débat de la dette en jeu et de l’éventuelle réciprocité.

Le sujet de la haine de la dette en cas d’absence de contre-don a fait l’objet d’ailleurs de plusieurs œuvres dont deux citées par le Pr Frydman :

  • Le voyage de M. Perrichon (Eugène Labiche)
  • et Pourquoi on en veut aux gens qui nous font du bien de Gabrielle Rubin

Pour tous les projets de greffe, en particulier d’utérus, nous leur souhaitons le meilleur !

http://www.gypsy-colloque.com/colloque-2019/