Le Pr Denoyelle de Necker nous alerte sur les dangers ORL pour les enfants (piles boutons, etc)

F Denoyelle
Pr Françoise Denoyelle chef de service à Necker

En 2017, la DGS, la DGCCRF et l’ANSES ont alerté sur le risque d’ingestion de piles boutons, et donné les bons réflexes aux parents pour prévenir ces dangers.

Nous avons rencontré le Pr Françoise Denoyelle, Chef de Service Chirurgie ORL Pédiatrique à Necker, qui s’étaient déjà à l’époque beaucoup investie dans cette prévention. Nous l’avons interrogée pour en savoir plus.

Combien d’enfants ingèrent des piles boutons chaque année ?

« Il y a eu 1.200 cas d’ingestion de piles boutons aux urgences en France en 1 an.  Une étude des 26 cas reçus à Necker entre 2008 et 2014 (nombre de cas en nette augmentation depuis) montrait que l’âge moyen des enfants était de 2 ans (entre 1 et 3 ans en général). 40% de ces piles ingérées venaient des télécommandes (de télévision, de garages, …), 15% venaient de paquets de piles et 15% de jouets (jouets cassés ou jouets hors CEE, sans vis protégeant le compartiment pile). Le risque majeur est maintenant pour les piles des appareils multimédia, pour lesquels la législtaiton n’impose pas encore un compartiment pile vissé.

Que se passe-t-il exactement lorsqu’un enfant ingère de telles piles ?

« L’ingestion des piles boutons crée des lésions à cause de l’électrolyse produite par le contact d’une zone humide (bouche, œsophage, muqueuses…) avec la pile (lithium).

Ces lésions qui peuvent apparaître très tôt après l’ingestion (2 heures) peuvent également continuer à se développer même après le retrait de la pile dans le corps.

Les complications sont graves et potentiellement mortelles (il y a 25% de complications sévères) : perforation de cet organe relié au tube digestif avec un risque d’étouffement, médiastinite (infection du médiastin, partie du thorax située entre les poumons), rétrécissement de l’œsophage ou paralysie nerveuse. »

Comment les enfants sont-ils pris en charge ?

« On retire l’objet de la manière adéquate en fonction de là où il est resté coincé. Ensuite l’enfant a une sonde gastrique pendant au moins un mois pour s’alimenter, et il y a un suivi médical dont la durée dépend de l’atteinte. »

Quelles sont vos recommandations pour les parents ?

« Il faut acheter des piles sous blister sécurisé, agrapher les paquets ouverts, et stocker les piles en hauteur. Et pour les télécommandes, il faut également les ranger en hauteur et mettre un scotch épais autour du compartiment piles s’il n’y a pas de sécurité.

En cas d’ingestion appelez le plus vite possible le 15, qui vous dira quoi faire et où aller (urgences, centre anti-poison) ; et en cas de doute, avant de vous y rendre, laissez bien l’enfant à jeûn en prévision d’une éventuelle intervention. »

De manière générale, avec les cas que vous voyez à l’hôpital, quels sont les dangers contre lesquels vous souhaitez alerter les parents en tant qu’ORL?

« En plus des piles, les dangers ORL se trouvent souvent sur la table basse : cacahuètes, alcool, fruits secs à coque. Et il faut aussi être attentif avec les piles des appareils auditifs qui peuvent être laissés à portée de main d’enfant.»

Camille T.