Le syndrôme du bébé secoué

« On ne secoue pas bébé. » On a souvent vu ces affiches de prévention. Nous trouvions important d’éclairer davantage le propos. Pour nous aider à rédiger cet article nous avons discuté longuement avec Bertrand Gimonet dont un des fils a été victime de ce syndrôme et est décédé à 4 mois. Il a écrit un livre La rentrée de Tom bébé secoué pour sensibiliser à la cause, pour savoir comment en parler aux enfants lorsqu’on est amené à le faire comme il l’a été avec ses autres enfants, et parler aussi du handicap et de la différence.

Qu’est-ce que le Syndrôme du Bébé Secoué (SBS)?

Le Syndrôme du Bébé Secoué se définit par un traumatisme crânien non accidentel par secouement (référence de la Haute Autorité de Santé)

Il concerne plusieurs centaines d’enfants chaque année en France.

Les enfants victimes ont moins d’un an et dans 2/3 des cas ils ont moins de 6 mois.

Comment les enfants ont-ils ce syndrôme?

Il survient lorsqu’un adulte prend l’enfant sous les aisselles et le secoue assez énergiquement, d’avant en arrière, probablement sous le coup d’un énervement. L’enfant de cet âge ne tient pas bien sa tête (elle pèse 25% de son poids, et les muscles de son cou ne sont pas assez développés pour tenir sa tête), et le crâne est encore en formation. Lors de ce secouement violent, le cerveau frappe la boite crânienne, les veines ponts (vaisseaux sanguins) se déchirent,  saignent créant ainsi des liaisons cérébrales.

Voici la démonstration d’un secouement par le Pr Raul, Directeur de l’institut de médecine légale, spécialisé dans les maltraitances de l’enfant.

Quelles sont les séquelles?

Les enfants victimes de secouement peuvent avoir des séquelles, graves dans 75% des cas, qui peuvent être des retards dans les apprentissages, des impacts psychomoteurs tardifs, la dégradation de la vue, jusqu’à des handicaps très lourds, et dans 20% des cas l’enfant décédera.

Bertrand Gimonet fait la démonstration de secouements et explique les séquelles

Qui sont les secoueurs?

Dans 70% des cas il s’agit d’hommes à la maison, pères ou compagnons de la mère. Dans 20% des cas il s’agit de la nounou. Dans 10% des cas c’est la mère.

Comment savoir si mon enfant a été secoué?

L’enfant qui a été secoué sera tout de suite différent de d’habitude : le teint pâle, voire gris, l’enfant est mou, peu réactif, il peut avoir un strabisme, et vomir en jets. Il peut également y avoir un bombement de la fontanelle, une régression de la motricité, une cassure dans l’évolution du périmètre crânien, des pleurs, des problèmes pour manger, pour dormir.

Consultez rapidement si vous suspectez une maltraitance, ou contactez le 119. Un secoueur récidivera dans 50% des cas et chaque secouement aggrave la situation. Prendre le problème tôt peut sauver l’enfant.

Quels sont les recours si je suspecte une maltraitance sur mon enfant?

Tout d’abord il faut en parler au pédiatre de votre enfant ou l’amener aux urgences.

Ensuite vous pourrez vous rapprocher d’une association, comme l’Enfant Bleu ou Enfance et Partage qui vous soutiendra et pourra vous aider entre autres dans vos démarches (trouver un avocat, porter plainte, etc).

Dans tous les cas contacter une association est toujours une bonne initiative. Concernant l’association Enfance et Partage, leurs actions vont plus loin que le soutien juridique. Le cœur de leurs actions est la prévention auprès des acteurs de la petite enfance et le soutien et la reconstruction psychologique des victimes. 
Enfance et partage a mis en place 2 numéros verts depuis de longues années : « Stop Maltraitance et Conflit » au 0.800.05.1234 et « Allo Parents Bébé » au 0800.00.3456.

Ensuite, les examens médicaux (IRM, fond d’œil…), ainsi que le récit de la personne gardant le bébé et l’historique médical de l’enfant permettent de confirmer le diagnostic du syndrome du bébé secoué. Puis il faudra prouver qui est le secoueur.

Seuls 10% des cas qui font l’objet d’une plainte voient le secoueur avouer.

Si vous-même sentez que vous êtes à bout de nerfs parce que votre enfant pleure beaucoup ou que vous n’arrivez pas à faire face à la situation, posez l’enfant sur le dos en toute sécurité dans son lit et quittez la pièce, prenez un verre d’eau, ouvrez une fenêtre pour respirer, asseyez-vous pour reprendre vos esprits, appelez un ami, ou composez le 119 pour en parler (allô enfance en danger).

SECOUER TUE OU HANDICAPE.

SECOUER N’EST PAS JOUER. SECOUER N’EST PAS CALMER.

Si vous pensez qu’un enfant est secoué, appelez le 119 pour le signaler. Une prise en charge diminue les impacts.