Pour une diététique des écrans en famille

Nous avons demandé à Serge Tisseron ses conseils pour la gestion des écrans pendant la grossesse et avec les enfants. Voici ce qu’il nous a répondu.

Attendre un enfant aujourd’hui, ce n’est pas seulement préparer l’espace où il sera accueilli, c’est aussi commencer à réfléchir à ses pratiques d’écrans. Car les écrans, ce n’est pas pour les bébés ! Dans la maison, il y a souvent des écrans qui marchent en permanence. Mais il a été montré qu’un écran allumé dans une pièce où joue un bébé nuit à son développement même s’il ne le regarde pas. Et la tentation est grande qu’il la regarde ! Car les écrans proposent à l’attention des produits aussi attractifs pour le cerveau que le sont les barres chocolatées et les sodas pour notre alimentation.

Or plus un enfant passe du temps devant un écran, moins il en a pour les activités interactives impliquant ses cinq sens, et pour les expériences cognitives et sociales qu’il peut faire avec d’autres humains. Du coup, plusieurs apprentissages essentiels à cet âge en sont affectés : la motricité corporelle, les capacités de préhension manuelle, le langage, la reconnaissance des mimiques et les capacités d’attention et de concentration. Or il a été montré que les conséquences s’en font sentir bien au-delà des premières années. Une vie quotidienne active et interactive à l’âge préscolaire aide à développer les compétences sociales essentielles qui jouent plus tard un rôle clé dans la réussite personnelle, sociale et même économique de nos enfants.

Mais il n’y a pas que les écrans que l’enfant regarde qui l’écartent de la relation. Les écrans que les adultes regardent autour de lui nuisent aussi à ses interrelations. Autrement dit, se préparer à accueillir un enfant aujourd’hui, c’est se préparer à regarder les films et les séries que l’on aime pendant les moments où son enfant dort, et aussi réserver l’utilisation de son téléphone mobile aux moments où l’on n’est pas avec lui. Et n’oublions pas non plus que le bébé est un formidable imitateur. L’enfant qui voit un adulte souvent occupé avec son téléphone mobile risque bien de n’avoir d’yeux que pour cet objet. Il le réclamera pour jouer de préférence à tout autre.

Alors proposons à notre bébé des comptines plutôt qu’un dessin animé, et jouons avec lui à ses jeux traditionnels pour lui communiquer le désir d’y jouer lui-même. Et si nous utilisons parfois une tablette ou notre Smartphone avec lui, faisons en sorte que ce soit sur une période courte, en usage accompagné, et pour le seul plaisir d’une activité partagée. Avant trois ans, seule la relation compte ! Et après, sachons prendre du temps pour parler avec lui de ce qu’il voit et fait avec les écrans. Le repas du soir pris sans télévision, ni téléphone mobile, ni tablette, est un formidable moment d’opportunité pour cela.

 

Serge Tisseron est psychiatre, docteur en psychologie, créateur de l’association 3-6-9-12 : https://www.3-6-9-12.org/

Flyer Apprivoiser les ecrans 2018-4 BR