Quelques repères nutritionnels pour l’enfant en bas âge

Le calcium

La minéralisation osseuse s’effectue uniquement pendant la croissance et la carence en calcium au cours des 20 premières années de vie augmente significativement le risque de fracture pour tout le reste de la vie.

La richesse en fer et en calcium est le principal avantage des laits 2ème âge par rapport aux laits 1er âge car les besoins de l’enfant sont particulièrement augmentés à partir de 6 mois. Puis la mère passera au lait de croissance vers 1 an, moment où naturellement l’enfant ne veut plus de son lait 2ème âge.

Pour assurer ses besoins en calcium jusqu’à l’âge de 3 ans (500 mg/jour), un enfant doit consommer 3 à 4 produits laitiers par jour. Il est tout à fait possible d’ajouter un peu de sucre dans les produits laitiers nature, cela n’a aucune incidence sur le plan nutritionnel. Le plus important est que l’enfant atteigne ses besoins recommandés en calcium. Attention, seuls les laits et fromages pasteurisés sont autorisés, en raison du risque de transmission du germe pathogène Escherichia coli.

A défaut d’un apport suffisant en produits laitiers, l’enfant peut boire des eaux minérales riches en calcium (Hépar, Courmayeur, Contrex). Sinon une supplémentation en calcium s’avère nécessaire. Mais en général les carences en calcium sont rares chez le nourrisson et le jeune enfant, excepté en cas d’allergie aux protéines de lait de vache.

Cas particulier des enfants allergiques aux protéines de lait de vache

Un lait avec des hydrolysats de protéines sera envisagé. Mais étant donné que le contenu en calcium de ces laits est plus faible que celui des laits infantiles standard, une supplémentation en calcium sera envisagée si la consommation d’hydrolysat ne permet pas d’assurer les besoins.

Les hydrolysats les plus riches en calcium sont donc à privilégier : Pepti-Junior 2, Nutramigen LGG 2, Pregestimil.

La majorité des enfants allergiques aux protéines de lait de vache tolèrent le veau et le bœuf. En revanche, la grande majorité de ces enfants sont également allergiques aux protéines de laits de chèvre et de brebis: lait, yaourts et fromages de chèvre et de brebis sont donc à exclure de l’alimentation, y compris les laits infantiles à base de lait de chèvre.

La vitamine D

Tous les laits infantiles sont enrichis en vitamine D. En revanche, le lait de femme est très pauvre en vitamine D et une supplémentation s’avère nécessaire. L’administration orale quotidienne est à privilégier par rapport à la supplémentation trimestrielle, pour éviter les risques de surdosage et car elle semblerait plus efficace. Celle-ci doit se faire directement dans la bouche ou diluée dans un peu d’eau.

Le fer

Le fer entre dans la composition de l’hémoglobine et de la myoglobine, participe au développement et au fonctionnement cérébral, et contribue au fonctionnement des cellules immunitaires. Or la carence martiale est une maladie nutritionnelle grave et fréquente chez le nourrisson et le jeune enfant ; elle provoque anémie, infections, troubles irréversibles du développement neurocognitif, troubles du comportement.

Le lait maternel est peu riche en fer, l’enfant exclusivement allaité sera donc supplémenté. Durant les 6 premiers mois, les besoins en fer du nourrisson sont assez faibles, en revanche ils sont très augmentés (x5) à partir du 6ème mois. C’est la raison pour laquelle les laits de suite, enrichis en fer, doivent rester le principal produit laitier consommé par le nourrisson (yaourt, petit suisse, fromage blanc et fromage pasteurisé ne remplacent pas un biberon de lait de suite).

A partir de 6 mois, 10g de viande-poisson-oeuf mixé par jour (soit 2 cuillères à café) et les 3 biberons de lait 2ème âge permettent à l’enfant d’atteindre les besoins recommandés. La quantité sera augmentée progressivement au fur et à mesure que l’enfant grandit.

Toutes les viandes peuvent être proposées d’emblée. Mais il faudra être vigilant à bien cuire la viande en raison de bactéries et parasites très pathogènes. C’est notamment le cas d’Escherichiacoli, que l’on peut retrouver dans de la viande hachée mal cuite. Il est également possible de proposer de temps en temps des abats (foie, boudin noir…) en alternance avec la viande.

Tous les poissons peuvent être également proposés.

Pour l’oeuf, il n’est pas nécessaire de distinguer le jaune du blanc, même s’il est vrai que c’est la protéine du blanc d’oeuf qui peut être responsable de l’allergie.

A partir d’1 an, la consommation de lait de croissance est fortement recommandée par la Société Française de Pédiatrie. Le principal intérêt à donner du lait de croissance à son enfant plutôt que du lait de vache est son enrichissement en fer (20 à 30 fois plus de fer dans le lait de croissance). Ce lait doit donc être poursuivi jusqu’à ce que l’enfant soit en mesure d’ingérer 100 à 150g de produits carnés par jour (viande-poisson-œuf), c’est-à-dire 3 à 6 ans. Et un enfant ne consommant plus de lait de croissance doit manger un produit carné 2 fois par jour pour assurer ses besoins en fer. Donner du lait de croissance est donc le seul moyen raisonnable et le plus économique pour apporter du fer assimilable en quantité suffisante à cet âge. Il n’y a aucun inconvénient à donner du lait de croissance, même aromatisé et sucré. Il n’y aura pas d’appétence ultérieure pour la saveur sucrée. Mais pour ceux qui le souhaitent, il existe dorénavant des laits de croissance ni aromatisés, ni sucrés.

Les acides gras essentiels (AGE)

Les lipides sont indispensables au développement neurocognitif de l’enfant.

Les apports recommandés jusqu’à 6 mois sont de 50% des apports énergétiques totaux. Ce n’est donc pas un hasard si le lait maternel contient 50% de matières grasses et représente l’aliment de référence du nourrisson. Les besoins diminuent progressivement avec l’âge : 40% des apports énergétiques totaux entre 6 et 12 mois, pour atteindre 35 à 40% après 1 an.

L’alimentation lactée des 6 premiers mois (lait maternel ou infantile) permet d’assurer ces besoins. Mais à partir de 6 mois et au moins jusqu’à 1an, seul le maintien de 3 biberons de lait de suite chaque jour et l’ajout systématique de graisses dans tous les repas salés non lactés (y compris les graisses saturées) permettent d’atteindre cet objectif. Il est également recommandé d’ajouter ces graisses dans les petits pots industriels.

Au-delà de la quantité, la qualité des acides gras est également très importante, notamment pour le développement cérébral de l’enfant. L’allaitement est le meilleur moyen pour assurer les besoins en AGE, sous réserve que la femme allaitante ait des apports suffisants dans son alimentation.

Pour les enfants nourris au lait infantile, là encore 3 biberons par jour assurent la totalité des besoins en AGE. En-dessous, il faudra augmenter les apports en huile végétale ou margarine.

L’ajout de DHA, un acide gras indispensable souvent synthétisé en quantité insuffisante chez l’enfant, a été rendu obligatoire dans les préparations pour nourrissons et préparations de suite par l’Union Européenne à partir de février 2020. A ce jour, l’utilisation d’un lait enrichi en DHA est donc à privilégier. Les produits de la mer sont la principale source de DHA. Ainsi, 1 à 2 portions de poisson par semaine assurent les besoins. Pour les huiles, celles au colza, soja et noix sont à privilégier en cas d’apports insuffisants en DHA.

Bon à savoir : l’acide palmitique est l’un des 2 acides gras les plus représentés dans le lait de mère. Contrairement à certaines idées reçues, donner des produits contenant de l’huile de palme ne présente donc aucun danger pour la santé de l’enfant. Il en est de même pour les acides gras trans, d’autant plus que la législation impose désormais aux industriels de ne pas dépasser le seuil de 2% dans leurs produits.

Autres repères nutritionnels…

Les fruits et légumes

Les fibres apportées par les fruits et légumes peuvent fermenter dans l’intestin du nourrisson et engendrer ainsi des troubles du transit et provoquer des douleurs. Il faudra donc veiller à bien cuire les fruits et légumes et à les mixer finement.

Pour les légumes, il est d’ailleurs préférable d’éviter de débuter la diversification par ceux à goût prononcé ou riches en fibres (poivrons, salsifis, céleri, petits pois, navets, partie verte des poireaux…) car ils sont plus difficiles à digérer. En revanche, les haricots verts, les épinards, les courgettes sans pépins et sans peau, les carottes, les blancs de poireaux sont en général bien tolérés par l’estomac du nourrisson.

En général, on commence en diluant 1 ou 2 cuillères à café de légumes ou de fruits mixés dans un des biberons de lait. On augmente progressivement les quantités puis on propose les légumes ou les fruits mixés à la petite cuillère. Mais il est tout à fait possible de débuter directement à la petite cuillère. C’est d’ailleurs la seule option pour les nourrissons exclusivement nourris au sein.

Il est recommandé pour les légumes d’ajouter un peu de matière grasse, beurre ou huile. Et il est tout à fait possible d’ajouter modérément du sel en tant que réhausseur de goût.

Avant 1 ans, l’enfant est curieux de nouvelles saveurs et les accepte facilement. Profitez-en pour lui faire découvrir toute une palette de goûts différents, même si cela ne garantit pas l’acceptabilité ultérieure des légumes par l’enfant. D’ailleurs en grandissant, le goût pour les légumes est souvent moins apprécié. Pour favoriser leur acceptabilité, n’hésitez pas à les associer systématiquement à des féculents.

Pour les fruits, ils peuvent tous être donnés. Certains mêmes, bien mûrs, peuvent être consommés crus, râpés, pelés ou écrasés (banane, pomme, poire, pêche). Il est tout à fait possible de sucrer modérément certains fruits qui pourraient paraître trop acides à l’enfant.

Le gluten et les féculents

Le gluten doit être introduit au plus tôt à l’âge de 4 mois révolus et au plus tard à l’âge de 12 mois révolus, et ce en quantités progressivement croissantes. Chez les enfants à risque (antécédents familiaux de maladie coeliaque), l’introduction différée du gluten retarde l’apparition d’une maladie coeliaque mais ne l’évite pas. Par ailleurs, l’allaitement ne réduit pas le risque de survenue d’une maladie coeliaque.

Les céréales infantiles doivent être introduites comme tous les autres aliments, c’est à-dire à partir de 4 mois révolus. Au-delà de l’introduction du gluten, l’objectif est d’augmenter la densité énergétique des biberons afin d’assurer les besoins croissants des enfants (sans avoir à boire des volumes trop importants de lait). L’idéal est donc de les proposer mélangées à un laitage. Pour les autres féculents, on les mixera avec les légumes.

Pour le pain et les biscuits, il est recommandé d’attendre au moins l’âge d’1 an en raison notamment des risques de fausse route. Si vous souhaitez donner des biscuits, privilégiez ceux qui fondent dans la bouche au contact de la salive. De manière générale, ne laissez jamais sans surveillance un enfant qui mange du pain ou des biscuits. Consommés dans des quantités modérées, ces aliments n’ont aucune conséquence sur l’équilibre nutritionnel.

Les produits sucrés

L’excès de produits sucrés doit être évité car il risque avant tout de déséquilibrer l’alimentation et entraîner ainsi des carences nutritionnelles. En revanche, la consommation de produits sucrés pendant l’enfance n’augmente ni l’appétence ultérieure pour le goût sucré, ni le risque ultérieur d’obésité. Ainsi, il est tout à fait possible d’ajouter modérément du sucre dans certains aliments (produits laitiers, fruits écrasés, compote…) si cela permet d’en améliorer l’acceptabilité par l’enfant.

De plus, il n’y a pas d’intérêt à privilégier les produits les moins sucrés ou « sans sucres ajoutés » car les sucres ajoutés sont de même nature que ceux présents naturellement dans le produit lui-même,  et car bien souvent un produit « sans sucres ajoutés » peut contenir plus de sucres qu’un autre produit similaire ! C’est là que la lecture des étiquettes prend toute son importance.

En revanche, il est recommandé de ne pas donner de miel avant l’âge d’1 an en raison du risque (minime malgré tout) de botulisme.

Les boissons

L’eau est la seule boisson nécessaire à votre enfant s’il a soif, que ce soit l’eau du robinet ou une eau minérale. Mais la majeure partie de l’eau dont votre enfant a besoin est apportée par les biberons de lait infantile (ou le lait maternel).

Les boissons sucrées (jus de fruits, eaux aromatisées, sodas) peuvent être proposées occasionnellement pour le plaisir.

Quelle quantité donner à mon enfant ?

Dès sa naissance, l’enfant est naturellement très bien régulé. Il sait manger exactement à sa faim et se réguler, ce que ne sait pas toujours faire l’adulte. Laissez-le donc gérer lui-même ses propres quantités et ne le forcez pas à finir son assiette. S’il refuse de manger, c’est peut-être qu’il a tout simplement moins faim que d’habitude ou qu’il a quelques tracas sur le plan digestif qui le gêne. Un enfant forcé à finir son assiette a toutes les chances de devenir un adulte qui ne sait plus reconnaître ses sensations alimentaires (en particulier la sensation de satiété) et qui donc continuera à manger tant que son plat n’est pas fini. Dans tous les cas, le repas doit être un moment de convivialité, de partage et de plaisir, et non de conflit.

Bon à savoir : la diversification menée par l’enfant n’a pas d’intérêt particulier. Elle peut au contraire engendrer des fausses routes et des risques de carence (pour les graisses en particulier)